INSTALLATION - ITEM 2013

“Pascal Proust et Sandrine Pincemaille ont choisi les douves du château comme lieu d’expérimentation.
Item dessine sur plus de cent mètres de long des arabesques aux couleurs chamarrées. Tapisserie ondulante ancrée sur le sol, elle allie à la fois une légèreté dans le geste et une pesanteur dans la dépose. Ligne sans linéarité, imbroglio savamment  dessiné, c’est un voyage aux confins de l’abstraction qui est  donné à voir. Le geste limpide et léger de la main dessine avec alacrité ces bandes colorées, dans une rythmique qui conjugue l’aléatoire et l’obsessionnel. Les auteurs de ce graffiti poétique, larcin artistique, ont-ils en une nuit réalisé ce projet ?        
Le tissage de ces Pénélope convoque Mnémosyne, déesse de la mémoire. La mémoire des lieux, car investir les douves du château c’est réactiver l’art patrimonial, apporter un regard contemporain, un contrepoint à une architecture existante. Aussi, c’est pouvoir se souvenir des lieux avec ou sans cette présence artistique…
En tant que visiteurs, nous intensifions nos perceptions en vivant une autre réalité totalement modulée par ce geste artistique. L’absence fait également son oeuvre, le lien formel avec la tapisserie de l’Apocalypse est à rapprocher des chansons de toile, dites aussi chansons à filer, forme poétique médiévale présentant une femme éprise travaillant à son métier à tisser. Ce temps de chant solitaire hors du monde, de la temporalité et dans l’absence de l’être aimé laissait libre cours à un vagabondage de l’esprit, tout en laissant une prégnance dans le geste artisanal. Ici, les artistes réitèrent l’esprit de la chanson de toile dans cette attitude duale d’une concentration sur la terre et d’une respiration aérienne propice à défier l’imaginaire des passants qui auraient la curiosité de s’approcher de ce point de vue penchés sur l’oeuvre. Le geste au sol se fait révélateur littéral de la solidité, avec la conscience de déposer une strate dans un lieu d’une épaisseur historique dense. La nappe vaporeuse se fait dispersion spatiale, révélant les voyages internes de l’imaginaire.“
 
Sandra Doublet, critique d’art
 
ITEM a reçu le soutien du Centre des Monuments Nationaux 2014
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