INSTALLATION " La Cité," 2014

 
la Cité,
35 sculptures en acier Corten
de 0.20 m à 1,70 m de haut
sur une surface de 16 m2 env.
La Cité, est une rencontre entre l’architecture et l’utopie, c’est une énième tentative alors que je ne suis ni architecte, ni utopiste.

Conscient de l’inconscient et porté par mes recherches dans le domaine de l’architecture, j’ai développé tout au long de mon parcours professionnel de collaborateur d’architecte puis de plasticien, une aptitude à modeler, concevoir, imaginer des espaces, des structures pour un grand nombre d’entre eux restés couchés sur le papier.

Le projet « la Cité » prend ses origines en 1992 , date à la-quelle j’ai commencé à étudier dans le style Art Nouveau, une série d’architectures imaginaires sur le thème des quatre élé-ments, l’eau, la terre, l’air et le feu, elles sont restées à l’état de projets.
Quelques temps après, j’ai voulu poursuivre mes recherches sur les Folies architecturales en utilisant comme principe de base exclusif, l’utilisation de la feuille, qu’elle soit de papier, de polypropylène ou de métal, la plier, la déployer pour en obtenir un volume, passer de la 2ème dimension à la 3ème dimension, une « folie » en soit.

Le métal, principalement l’acier Corten est actuellement le médium le plus adapté à ma progression, il est rigide, stable même dans les faibles épaisseurs, se découpe facilement au laser et permet d’obtenir des volumes autoportants.
Sculpture de métal ou maquette d’une cité, de toute évidence, elle n’en possèderait pas les codes urbanistiques habituels tels que l’organisation ou la centralisation de services (soins, culture, éducation, loisirs, etc…) dans des bâtiments dédiés, hôpitaux, théâtres , écoles…

La Cité se déploierait dans un « non urbanisme », seules quatre perspectives structureraient cet assemblage. Elles s’ouvriraient sur les quatre éléments représentés symbolique-ment par quatre cônes de sable. Bordant ces perspectives, chaque architecture possèderait sa propre autonomie, une ville dans la ville en quelque sorte, à l’inverse des principes établis, des codes habituels, déjà mis en application par cer-tains architectes comme Le Corbusier et l’unité d’habitation.
Aucune échelle à cette réalisation, l’ensemble fonctionne par un équilibre des espaces plans, des élévations et des orienta-tions, une harmonie dictée essentiellement par les pleins et les vides. Pour y pénétrer, « rétrécir » son corps et son champ visuel, se mettre à l’échelle et déambuler. Vous ou-blierez ainsi la froideur du métal, sa géométrie et l’oxydation de ses surfaces deviendra effet de matière.

Parcourez cette cité, contournez ses édifices et pénétrez au coeur des volumes « évidés » dont les pliages volontairement anguleux, géométriques, se jouent de la lumière.
On y retrouve le lexique habituel de l’architecture, portes, fe-nêtres, balcons, escaliers, rampes, symbolisés ici à l’extrême et aux proportions revisitées.
De ce fait, impossible de retrouver dans ces édifices un rap-port d’échelle, ce n’est pas mon sujet, c’est celui de l’observateur, de ses connaissances et de sa vision rapportée au monde réel.

Ainsi, l’emprise même de la cité est un espace qui se dilate, se comprime aux proportions établies par l’observateur, de surcroît, qu’il soit enfant ou adulte « l’unité de mesure » dif-fère. La porte d’accès est un exemple de ce changement d’échelle. Élément double, majestueux, elle semble dispro-portionnée et cependant donne la force et la monumentalité à la cité. Elle encadre et cible du regard la cité qui se déploie à ses pieds, sorte de focus ou le regard peut se concentrer sur les modénatures des Folies.

Le regard se perd, les architectures se dévoilent et leurs ob-servations sont plus incisives, le temps se dérobe sur les es-paces restés vides, il se dilate et laisse la place à une immer-sion et aux découvertes. Le regard se posera à un moment ou à un autre, au détour d’un fragment de cette cité sur une des quatre Folies symbolisées par les cônes de sable. « La poétique de la nature » représentée ici par les quatre élé-ments, l’eau, la terre, l’air et le feu, matériaux dont l’origine pour certains philosophes grecs constitueraient notre monde.

C’est dans cette dimension utopique que ces quatre architec-tures Art Nouveau, placées en piédestal, prennent une autre résonnance, elles deviennent malgré leurs représentation symboliques, le seul lien avec la réalité qui nous entoure, une sorte de contre-pied à l’utopie et un soulagement pour cer-tains observateurs qui trouveront en ces évocations la possi-bilité de se ressourcer pour poursuivre le voyage.

Je peux vous conter leur histoire, bien sûr imaginaire.

"Quatre constructions, quatre étapes de la vie et le voyage intérieur d’un homme de-venu amnésique en 1918. Un seul objectif pour lui, reconstruire son passé.

Pour ce faire, il imagine de construire un lieu propice à la réflexion et crée un bâti-ment posé sur l’eau, source de vie qu’il appela Folie de l’eau. Petit à petit, il découvre l’histoire de sa petite enfance au sein d’une famille aisée.

Poursuivre à tout prix.

Il consacre sa deuxième Folie à la terre, cette terre nourricière qui l’a vu naître, gran-dir, s’élever. Il la conçoit sur plusieurs niveaux, correspondants à son adolescence, sa vie d’adulte. Il découvre alors qu’il avait suivi de brillantes études d’architecture mais n’avait pas pu s’installer car la première guerre mondiale était proche.

Il continue très angoissé la reconstruction de sa mémoire.

Le troisième édifice sera consacré au Feu, feu de la terre, du ciel, symbole de la des-truction, cette énergie que l’on ne peut canaliser et qui l’a rendu amnésique. En con-cevant cette Folie il tente de canaliser la puissance qu’elle engendre . Il y séjourna peu car des images insupportables apparaissent. Elles hantaient sa mémoire tâchée de sang, le sang des atrocités commises en temps de guerre.
Son état psychologique se dégrade, la seconde guerre mondiale arrive ; dans un ultime effort, il imagine quitter cette terre, les hommes, leur folie, pour ce faire il construit celle qui le fera disparaitre, la Folie des airs…"

Extrait du « Journal Central N°6 », 1993 Pascal Proust

La Cité est l’exemple d’un « contenant » , d’un écrin que je mets à votre disposition, que je propose au regard, il ne m’appartient que dans sa forme et son déploiement, mon histoire s’arrête là, la vôtre commence …
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